À propos de l’auteur

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Une fiction post-apocalyptique bien menée, où Sophie Moulay nous fait témoins d’une traque dans laquelle le gibier n’est pas forcément celui qu’on croit. Une belle écriture qui nous emporte au cœur d’un paysage étonnant, et qui pose les bases d’un questionnement existentiel. Quelle part d’humanité reste-t-il quand les événements maltraitent à ce point l’espèce humaine ?

Dans ce court roman d’anticipation, vous revisitez le thème du Dernier Homme. Cette vision catastrophiste des choses, c’est un futur possible, pour vous ? Et quels sont les éléments qui vous ont amenée à construire votre histoire de cette façon ?

Je suis d’un naturel beaucoup plus optimiste, je n’imagine pas de réelle fin pour l’humanité. Sans doute est-ce dû à mes lectures de science-fiction qui promettent les étoiles à l’Homme et des explorations passionnantes sur de nouvelles planètes.

L’idée du Dernier Homme n’est pas neuve. Adolescente, j’ai dévoré Le fléau de Stephen King et je pense souvent à un monde presque vide d’hommes, tout particulièrement les matins d’hiver, quand il n’y a personne dans les rues. L’engouement qu’il y a eu autour du 21 décembre 2012 m’a convaincue de me lancer à mon tour. S’il n’y avait plus qu’un seul homme sur Terre, que ferait-il ? À quoi se raccrocherait-il ?

Il me fallait un contraste fort, j’ai songé aux loups, ou plutôt aux hommes-loups, libérés de la consommation, proches de la nature. L’idée du chasseur chassé s’est ensuite imposée d’elle-même.

Vous décrivez une chasse, une traque patiente et angoissante, avec un vocabulaire riche du point de vue de la nature, de la technique de chasse, et vous ne semblez prendre le parti d’aucun des deux antagonistes. Vous mettez en parallèle les deux individualités, sans aucun manichéisme. Quel est votre rapport à ces deux personnages, comment les avez-vous créés, quelles ont été vos influences ?

En effet, j’ai véritablement fait attention à ne pas prendre parti pour Martin ou Un. Chacun a, à sa façon, sa légitimité sur Terre : l’un en tant que dernier spécimen d’une espèce révolue, l’autre en tant que fer de lance d’une nouvelle espèce, moins civilisée et plus sauvage.

Quand j’ai créé ces deux personnages, j’ai veillé à les construire de façon très différente, du moins en apparence. Martin est un pur produit de notre civilisation, il ne supporte pas le silence et poursuit un rêve. Un se fond dans la forêt, il n’est que besoin et assouvissement de son besoin, un pur pragmatique. Toutefois, sa position de chef de meute implique des responsabilités qu’il ne peut fuir, attitude très humaine. L’apparition de Martin dans son territoire de chasse va faire naître en lui un désir qui ne concorde pas avec ses besoins. Là encore, c’est un trait de caractère qui nous est familier.

Ainsi, la traque n’est finalement que l’accomplissement du rêve de Un. En soi, cela le rapproche de Martin. La frontière entre les deux n’est plus si nette, je l’ai brouillée à dessein.

La meute de Un est construite sur le modèle du loup. J’ai bien sûr pris quelques arrangements avec la réalité. J’aime beaucoup cet animal qui occupe une vraie place dans les littératures de l’imaginaire. Un est le dominant, l’alpha, le premier à se nourrir sur la proie. Larbin est le souffre-douleur, l’oméga. Entre ces deux extrémités, une gamme variée de mutés.

La fin du roman est très ouverte, comme un cycle qui recommence. Pensez-vous que l’avenir de l’humanité ce serait cette sorte de « re-départ », comme si on recommençait tout à zéro ?

J’aime beaucoup l’idée de nouveau départ de l’humanité. J’en ai d’ailleurs exploité une autre facette dans le livre que j’ai achevé d’écrire il y a quelques mois et sur lequel mes fidèles relectrices se penchent en ce moment. On dirait bien que c’est un thème qui m’est cher. Pourtant, je me demande si dans la notion de nouveau départ ne se cache pas celle de rédemption : prendre conscience de ses erreurs avant de recommencer en faisant table rase du passé. En sommes-nous capables ? Le serons-nous ? C’est une idée séduisante.

Et bien sûr, après cette excellente lecture qui fait passer au lecteur un très bon moment avec vous, on a envie de connaître vos projets d’écriture à venir, pour ne pas rater un futur rendez-vous :

Dans mes projets d’écriture, plusieurs se bousculent et réclament mon attention à cor et à cri. Celui qui a réussi à se hisser au sommet de la pile à écrire est un roman jeunesse. Il en est encore à l’état de synopsis, mais j’ai très envie de développer un univers post-apocalyptique à l’ambiance Mad Max avec une héroïne très dure qui va découvrir qu’il reste quelques graines de beauté à protéger.

Il y aura également les corrections des derniers tomes de ma série L’élu de Milnor, toujours dans un univers jeunesse, dont les deux premiers opus sont parus cette année.

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